Mortalité : les graphiques utiles... et les autres
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Mortalité : les graphiques utiles... et les autres

Au-delà des données brutes

Les représentations visuelles du nombre de décès liés au Covid-19 se sont multipliées dans les médias du monde entier. Mais ils sont loin de tous transmettre une information utile, surtout à mesure que l’épidémie évolue. Comment et pourquoi les infographistes, en particulier anglo-saxons, de loin les plus influents, ont-ils choisi l’échelle logarithmique, laissé de côté le nombre de morts par habitants, ou fini par adopter la statistique des "morts en excès" ?

Depuis plus d’un mois, les journalistes spécialistes des données et de leur visualisation en graphes, barres et autres schémas sont sur le pont pour représenter l’épidémie. Au début, ils se sont concentrés sur le nombre de cas, auquel ils ont ensuite ajouté le nombre de morts, le nombre de victimes allant croissant. Largement inspirés par quelques médias anglo-saxons, tout particulièrement le Financial Times dont les représentations graphiques léchées ont rapidement dominé les réseaux sociaux planétaires, ces journalistes ont opéré des choix déterminants pour la compréhension des informations présentées, centrées pendant un mois sur les morts et les cas de Covid-19 tels que déclarés par chacun des pays

Depuis mi-avril, l’on voit cependant fleurir deux nouveaux types de représentations : ratio du nombre de décès par nombre d’habitants, et apparition du taux de surmortalité. Tour d’horizon de ces évolutions, qui restent hélas limitées à quelques rares médias.

Le nombre de cas, critère privilégié au début de l'épidémie

Depuis la médiatisation, en janvier, du début de l’épidémie en Chine, et jusqu’à la mi-mars, quasiment toutes les représentations visuelles étaient concentrées sur le nombre de cas. Les graphiques présentés respectaient les standards habituels des infographies médiatiques. En abscisse, horizontalement, était indiquée soit une date soit, dans des comparaisons entre pays, le nombre de jours depuis les premiers cas déclarés. En ordonnée, verticalement donc, une échelle linéaire représentait le nombre de cas déclarés. Aucun des médias recensés par Arrêt sur images, à l'instar de cet article de Sciences et Avenir, ne faisait alors état des doutes sur la fiabilité des données chinoises ou du faible nombre de tests disponibles dans beaucoup de pays. Seul le caractère exponentiel de la progression épidémique semblait flagrant.

Comparaison Chine-monde 

Comparaison Chine-monde 

Sciences et Avenir, 24 mars 2020

Depuis la fin mars, ceux dont les représentations visuelles inspirent les journalistes du monde entier sont anglo-saxons, habituellement portés sur la couverture de la finance. Dans un article publié sur la plateforme Medium, l’un des journalistes de l’hebdomadaire libéral anglais, The Economist, explique :  "Une des tristes ironies de la pandémie de Covid-19 est qu’il y a eu un intérêt sans précédent pour les données. Pourtant, il n’y a jamais eu autant d’incertitudes quant aux statistiques officielles, expose James Tozer. Parce que les pays ont des capacités de test différentes, et que de nombreux porteurs du virus n’ont aucun symptôme, nous ne savons pas combien de gens ont été infectés." Diagnostic similaire au Financial Times, journal anglais des affaires lui aussi, mais quotidien. "Le nombre de cas officiel de chaque pays dépend plus des choix en matière de tests que du nombre réel de personnes infectées", notait ainsi le 30 mars l’infographiste en chef du quotidien concernant le Covid-19, John Burn-Murdoch.

Mi-mars, les morts priorisés sur une échelle logarithmique

Lorsque l’épidémie prend pied dans un pays, le nombre de cas jusque-là limité progresse rapidement jusqu'à devenir exponentiel. Dans une interview du 14 avrilBurn-Murdoch explique : "Vers le 10 mars, un de nos journalistes voulait savoir où en étaient l’Espagne et le Royaume-Uni par rapport à l’Italie", note Burn-Murdoch. Le journaliste fait alors le choix déterminant d’une progression dite "logarithmique" (et non plus linéaire). Il crée deux courbes, du nombre de cas d'abord, du nombre de morts cumulé ensuite (qu'il transformera en avril en nombre de morts quotidiennes). Actualisées chaque jour sur une page placée en accès libre par ce média 100 % payant en temps normal, elles deviendront les infographies les plus citées au monde

Sur la gauche, une ordonnée à échelle logarithmique

Sur la gauche, une ordonnée à échelle logarithmique

Financial Times, 28 mars 2020

Qu'est-ce qu'une échelle logarithmique? Contrairement à une échelle classique, qui progresse de manière équivalente, par exemple de 10 morts, puis 20 morts, puis 30 morts, une échelle logarithmique, pour les mêmes écarts que précédemment, indique par exemple 10 morts, puis 100 morts, puis 1 000 morts, puis 10 000 morts. "Pour représenter une croissance , une échelle linéaire utilise une grande partie de l’espace disponible pour montrer la verticalité grandissante de la courbe", détaille Burn-Murdoch. Cela aboutit à "écraser" les pays dont l’épidémie est naissante dans un espace restreint, tout en rendant plus difficile les comparaisons, toutes les courbes exponentielles semblant similaires. Très remarqué, son choix a également été loué par le New York Times : "Sur une échelle linéaire, la courbe s’envole. Sur une échelle logarithmique, elle se transforme en une ligne droite, ce qui signifie que les déviations (soit une croissante encore plus forte, ou réduite, ndlr) deviennent beaucoup plus simples à déceler."

Cette représentation visuelle est inhabituelle dans les médias généralistes : les progressions exponentielles sont rares, la crise climatique étant un des rares contre-exemples. Elle semble plutôt pertinente au début de l’épidémie (elle piègera cependant le journaliste français Thomas Legrand). "J'ai fait ce graphique pour que les gens puissent comparer l'angle pris par les courbes des différents pays", assurait le 4 avril au Point le journaliste du Financial Times. "Cette ‘pente’ montre à quelle vitesse le nombre de cas grandit. On voit tout de suite où le virus progresse le plus vite." Dans sa vidéo explicative du 30 mars, il précisait aussi vouloir alors marteler le caractère "inévitable" de la forte progression de l’épidémie quel que soit le pays. "Même s’il n’y a que quelques cas dans votre pays aujourd’hui, à partir des données que nous avons, vous allez suivre le même chemin que l’Italie ou que l’Espagne."

Le nombre de morts par habitants oublié des médias

Les courbes de progression logarithmiques permettent de comprendre où en est chaque pays, relativement aux autres. Mais elles constituent des représentations peu efficaces pour apprécier en un clin d’œil le niveau d’accélération ou de décroissance d’un pays donné, malgré les affirmations du journaliste du Financial Times, notait début avril le responsable des données du groupe Veolia. Autre défaut : leur efficacité semble tout aussi limitée pour appréhender la réussite ou l’échec des politiques de santé de chaque État, hors des cas les plus flagrants, tel que le succès de la Corée du Sud. "Nous nous concentrons sur la trajectoire (…) et sur les nombres que vous entendez dans les médias", défendait le Financial Times le 30 mars. "Si nous choisissions d’aller vers un ratio du nombre de morts par habitant, vous perdriez un peu du côté viscéral, immédiat et évident."

le nombre de morts "brut" est trompeur après un mois de pandémie

le nombre de morts "brut" est trompeur après un mois de pandémie

Financial Times, 22 avril 2020

Et en effet, tout au long d'un mois de pandémie, aucun grand média, français ou anglo-saxon, ne s'intéresse au taux de mortalité rapporté à la population, qui semble pourtant essentiel. En France, seuls quelques médias s'y sont penchés en détail au sein d'articles, selon un comptage d’ASI. Le premier, le 10 avril, est le service CheckNews de Libération (précédé le 6 avril par le service infographie du quotidien dans son "direct"), qui confirme "le risque de mal appréhender les écarts de situation entre un État très peuplé et un autre bien plus petit" du fait de la seule diffusion d’un nombre brut de décès. LCI embraye le 17 avril dans un article titré "Non, la France ne compte pas le plus grand nombre de morts du Covid-19 en proportion de sa population". Mais c’est Le Parisien qui décide, le 25 avril, d’axer la totalité d’un article sur cette donnée.

La France, quatrième pays le plus touché par habitant

La France, quatrième pays le plus touché par habitant

Le Parisien, 25 avril 2020

"La Belgique, où les pouvoirs publics sont accusés d'avoir tardé à mettre en place un confinement strict, devient, avec un ratio de 60,6 décès pour 100 000 habitants, le pays le plus touché au monde parmi ceux de plus d'un million d'habitants", pointe ainsi le quotidien. "On constate, et c'est une bonne chose, que ce mode de calcul est de plus en plus repris à travers le monde", indique Michèle Legeas, spécialiste de l'analyse des situations à risques sanitaires. "Il permet d'affiner des comparaisons entre pays voisins et donc de mieux comprendre les effets des stratégies sanitaires prises par les uns et les autres", poursuit-elle dans Le Parisien. Conséquence concrète : dans une mesure du nombre de morts "brut", les États-Unis sont loin devant les autres pays. Mais compte tenu des 330 millions d'habitants, le calcul d'un taux de mortalité rapporté à la population témoigne d'une situation moins dramatique à ce stade que dans certains pays européens.

L'efficacité de ce ratio apparaît également incontestable lorsque Mediapart, le 28 avril, décide dans un article plus général de l’utiliser afin de tordre le cou à l’idée, très répandue ces dernières semaines dans les médias, que l’absence de confinement en Suède démontrerait la faible utilité de cette mesure dans les autres pays européens. "Une décision de plus en plus critiquée alors que le bilan humain suédois dépasse désormais celui de ses voisins danois et norvégien, comme l'établit le graphique ci-dessous", pointe Mediapart, courbe à l’appui.

Différence flagrante des décès rapportés à la population

Différence flagrante des décès rapportés à la population

Mediapart, 28 avril 2020

Le calcul de la surmortalité

Il a fallu plusieurs semaines avant que les médias commencent à douter des déclarations de chaque pays concernant les morts. The Economist a eu une influence déterminante en s’interrogeant sur la fiabilité des données dès le 4 avril. Il le fait à partir d'un minutieux travail journalistique réalisé sur certaines localités en France, en Espagne et en Italie, respectivement par NextInpact, El Pais et le Corriere della Serra. "Le total des décès dus au Covid-19 semble plus élevé que ne le suggèrent les bilans officiels", titrait l’hebdomadaire anglais. "Ceux-ci excluent les victimes non testées avant de mourir. Cela prend souvent plusieurs jours pour établir et communiquer la cause des décès, causant un retard dans les données. Et si les hôpitaux sont surchargés, les gens souffrant d’autres problèmes pourraient ne pas bénéficier des soins intensifs dont ils auraient eu besoin pour survivre", explique le journalMais l’article de début avril n’a qu’un retentissement très limité. Le second, beaucoup plus détaillé, publié le 16 avril, a fait, lui, le tour du monde. The Economist diffuse en effet des comparaisons entre les données de surmortalité issues de sources fiables, comme la base de données européenne de décès EuroMOMO, et les bilans officiels dans de nombreux pays et régions, dont la France. Il est rapidement imité par le New York Times, le Financial Times, Mediapart, ou Les Échos (qui note un "défaut de statistiques" à ce sujet en Allemagne), entre autres. 

Si les comparaisons internationales du nombre de morts, comme du nombre de morts par habitants, sont particulièrement défavorables au gouvernement français, le différentiel entre la surmortalité totale et les décès officiels du Covid-19 montre plutôt une transparence acceptable et de données relativement fiables… du moins depuis que la France s’est résolue à comptabiliser les morts des Ehpad

Les morts officielles du Covid-19 en rouge, les autres causes en beige, la moyenne française les autres années en pointillés

Les morts officielles du Covid-19 en rouge, les autres causes en beige, la moyenne française les autres années en pointillés

The Economist, 16 avril 2020

Selon The Economist, du 10 mars au 13 avril, 86 % de la surmortalité française a ainsi été attribuée à des décès du Covid-19, et un pourcentage approchant a été calculé par Mediapart -même si le New York Times semble disposer d’autres chiffres de surmortalité et fait ainsi état d’un différentiel de 39 %. Au Royaume-Uni, de loin le pays européen à la surmortalité la plus élevée et l’un des plus mauvais élèves en matière de fiabilité des données officielles, plus de la moitié de cette mortalité en excès par rapport à la moyenne habituelle n’est pas comptabilisée comme étant due au Covid-19. Ces nouvelles comparaisons montrent aussi sans équivoque l’ampleur des décès liés à l’épidémie. "Compte tenu des signaux dramatiques de mortalité que nous observons déjà, particulièrement dans certaines régions européennes, nous pouvons conclure que cette pandémie n’est pas juste une autre grippe – pas du tout", analyse ainsi l’épidémiologiste danois coordinateur de la base de données EuroMOMO, Lasse Skafte Vestergaard.

pas comme une grippe en Europe selon la surmortalité

pas comme une grippe en Europe selon la surmortalité

The Economist, 16 avril 2020


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Mortalité : les graphiques utiles... et les autres

Les représentations visuelles du nombre de décès liés au Covid-19 se sont multipliées dans les médias du monde entier. Mais ils sont loin de tous transmettre une information utile, surtout à mesure que l’épidémie évolue. Comment et pourquoi les infographistes, en particulier anglo-saxons, de loin les plus influents, ont-ils choisi l’échelle logarithmique, laissé de côté le nombre de morts par habitants, ou fini par adopter la statistique des "morts en excès" ?

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Enfin!

Comme j'ai dit plusieurs fois, c'est à la fin du match qu'on sait combien de buts ont été marqués. Et le plus sûr chiffre des morts du Covid est la différence entre une année/mois "normale" et une année/mois "Covid". 

Point.

Que la victime a(...)

Excellent article, je me posais justement toutes ces questions. Merci !

Article particulièrement intéressant et qui révèle une fois de plus l’intérêt de savoir ce que l’on compte et comment on compte (Attention aux chiffres) ! 

Derniers commentaires

Libération persiste dans la maltraitance des chiffres et dans l'utilisation trompeuse des graphiques. 


Dans un article du 4 mai, Libération  titre "Morts par habitants : le rythme baisse en France, pas en Belgique ni aux Etats-Unis” avec un beau graphique qui montre, en effet, des courbes montantes pour ces deux pays. Malheureusement, ou heureusement dans ce cas, c’est faux. 


Voici la courbe par million d’habitants pour les 7 derniers jours : 

https://ourworldindata.org/grapher/daily-covid-deaths-per-million-7-day-average?country=CAN+FRA+ITA+KOR+ESP+SWE+GBR+USA+BEL


La Belgique est passée d’un taux de 28,77 morts par million d’habitants le 17 avril à 10,45 le 3 mai (date prise en compte par Libé). La courbe présente une chute vertigineuse. Alors que le graphique de Libé montre l'inverse. 


Bien qu’il soit vrai que sur le total de morts rapporté à la population, la Belgique est en tête en Europe avec plus de 490 morts déclarés par million d’habitants. Quant la France est à plus de 300. Et la Suède, souvent brocardée pour son non confinement, reste très largement en-dessous à peine plus de 150. Et, pour l’instant, les États-Unis dépassent à peine les 120. 


Ce qui permet à Libé de déclarer : "Quant aux Etats-Unis, leur démographie (plus de 300 millions d'habitants) aide à garder un ratio assez bas”. Cette phrase ne veut rien dire. Ce n’est pas parce qu’il y a plus d’habitants aux Etats-Unis que le ratio reste bas. Puisque le ratio est en relation… avec la taille de la population ! :-) 

Puisque cette pandémie est plus sévère chez les plus anciens/vulnérables, ne risque-t-on pas d'avoir une vague de sous-mortalité après la vague de surmortalité ?

Encore merci de préciser que l'univers médiatique a été pollué de graphique sans a analyse de fond sur les méthodes de comptages. Ne faudrait-il pas également préciser que les foyers épidémiques et phénomènes de saturation sont très localisés et que donc comparer des moyennes nationales fait perdre cette information cruciale. Donc désinformer.


En complément de cet article, des graphiques avec des angles d'approche plutôt pertinents, mis à jour quotidiennement, et des réflexions lucides et dépassionnées sur l'épidémie:


http://barthes.enssib.fr/


Pas d'accord pour considérer que la mortalité par 100 000 habitants est un critère significatif à l'échelle des pays. Un critère certes mais pas le plus significatif. Il devrait être calculé par régions, mieux par départements et par villes de plus de 50 ou 100 000 habitants.

Ainsi on commencerait à avoir des représentations un peu plus interprétables (comparaisons entre villes-départements-régions de même taille en France et à l'étranger, etc...)


Personne ne peut expliquer pourquoi la Grèce a une mortalité très faible (hypothèse: une protection acquise au passage d'autres virus dans la population au-cours des siècles?). D'autres facteurs jouent. Attention aux explications définitves.

En France, au début de l'épidémie le gouvernement ne donnait que les décès dans les Hôpitaux. Puis il a ajouté les décès dans les EHPAD. Cependant il manque encore les décès à domicile pour avoir le vrai décompte.

Donc questions ? : Le décompte dans chaque pays est-il le même ? Quel est le nombre de décès à domicile en France ?

Bonjour et merci pour cet article éclairant! 

(étonnant : on ne peut pas voter pour lui, le bouton n'apparaît pas au moment où j'écris, alors qu'il apparaît sur les autres articles)


La question de la surmortalité est intéressante, et elle incite d'ailleurs  à aller un cran plus loin : 

Elle permet de déceler des morts supplémentaires non déclarés par des Etats. On entend déjà leur défense : ces morts peuvent être dues à autre chose. Mais cette défense ouvre un vaste débat politique : que veut dire "mourir du covid-19"? Bien sûr, il y aura forcément, dans ce lot surnuméraire, des morts sans lien avec le covid-19, mais statistiquement, on sent bien qu'elles seront liées au covid-19 dans leur grande majorité (pourquoi cette bosse sinon) : une personne suicidaire qui passe à l'acte dans l'isolement, un malade qui ne se fait pas déceler une tumeur foudroyante à temps, il y a des tas de causes de morts "non covid-19" et pourtant liées au covid-19. Ce qui nous rappelle qu'une maladie n'est jamais qu'étroitement "biologique", elle est toujours sociale aussi. Les autorités sanitaires, elles, se contentent du décompte des morts qui sont touchés biologiquement par le virus, mais c'est restrictif. Et ce n'est pas qu'une nuance : si la menace biologique finissait par s'estomper, il reste que beaucoup de gens vont continuer à mourir non pas "du covid-19", mais bien "à cause du covid-19", parce que la crise va passer par là, entraînant chômage et pauvreté, et donc fragilité sociale, ce qui aura des conséquences "biologiques". Les morts indirectes vont devenir progressivement plus importantes que les morts "directes" qui deviendront anecdotiques. L'enjeu politique portera donc prioritairement sur les premières.


Reste à inventer dès maintenant des indicateurs adéquat, car quand il faudra rendre des comptes, c'est à chacun de ces morts qu'il faudra rendre justice. 

Merci pour ce sujet très intéressant. Il me semble (mais à vérifier) que c'est l'université John Hopkins qui la 1ère a effectué le calcul du nombre de décès sur la population totale du pays et en justifiant ses choix, méthode qui a été ensuite reprise https://coronavirus.jhu.edu/data/mortality

Par ailleurs quel que soit le domaine le choix d'une représentation graphique est toujours le choix d'un message à communiquer,  il ne peut jamais être neutre.

Comparaisons des méthodes très intéressantes !

Attention toutefois à ne pas mélanger forcément actions des gouvernements avec nombres de morts.

Ce n'est pas un hasard si la France, l'Italie et l'Espagne sont des pays très touchés. Les comportements sociaux et moraux doivent aussi être pris en compte. Les gouvernements de ces 3 pays sont assez différents. Quiconque s'est déjà rendu en Italie et Espagne comprend pourquoi le virus circule. Pays latins nous aimons le contact des personnes, nous vivons proches et ensemble.


Voir l'exemple inverse de San Francisco très peu touché, révélateur de la distanciation sociale déjà existante avant le covid.

https://aoc.media/opinion/2020/04/27/san-francisco-ou-la-distanciation-sociale-avant-lheure/


Conclusion ? Je ne l'ai pas trouvée dans l'article alors je vous propose la mienne :

- dans tous les cas, seul le nombre de décès est à peu près significatif, le nombre de cas dépendant trop de  l'exhaustivité, ou non, des campagnes de tests

- son inconvénient est qu'il est "en retard" par rapport à la diffusion du virus (délai d'incubation puis d'évolution fatale de la maladie déclarée)

- l'échelle logarithmique est évidemment la mieux adaptée à la représentation du début de l'épidémie, au moment où sa croissance est exponentielle (ce qui n'est plus le cas ensuite). Contrairement à ce qui est dit, elle permet de distinguer l'efficacité des politiques de lutte de 2 manières : la pente de la croissance (celle de l'Allemagne était au début identique à celle de la France, Italie, Espagne... et très supérieure à celle de la Corée) et le moment où la courbe n'est plus linéaire (beaucoup plus précoce en Allemagne qu'en France), ce qui indique que la croissance n'est plus exponentielle

- le nombre de morts par habitant est évidement significatif des écarts entre pays, en ne retenant que les ordres de grandeurs vu les différences de comptabilisation entre pays

- l'évolution du nombre de morts quotidiens indique si l'on a atteint le "pic" (un plateau, en fait) de l'épidémie, ce qui est le cas (pour le moment) des pays occidentaux sauf les USA

Les trois représentations sont pertinentes car elles montrent des choses différentes.

Tout le reste n'apporte rien


Depuis presque le début j'avais comme source les courbes du financial times et aussi les données de ce site

https://ourworldindata.org/coronavirus qui varie l'un et l'autre, pour la france, en fonction si il prennent que les mort en milieux hospitalier


Mais je trouvais dommage qu'ils ne rapportent pas le nombre de mort au nombre d'habitant. Merci pour ces courbes, dommage qu'elles ne soient pas mise à jours régulièrement.

Merci de cet article, qui comble, encore une fois, un trou de l'info. 


On nous a fait à longueur d'info du "trump-bashing"* en nous dramatisant la situation des USA avec des chiffres bruts sans jamais un mot sur la taille du pays, idem pour la Suède, à l'opposé. C'est tellement absurde que ça ne peut être que délibéré. 


Restent les statistiques complètes sur les "morts en excès", seules fiables pour nous prémunir des ruses de comptage de "nos" dirigeants, et qui ont l'avantage de chiffrer non seulement les morts "collatéraux" mais aussi les "non-morts" (de pollution ou d'accident de la route).


"trump-bashing"*: moi non plus, je l'aime pas, trump, mais bon... un peu de jugeote...


La pollution de l'air fait 7 à 9 millions de morts prématurées par an (diminution d'1 à 2 ans de l'espérance de vie). Il faudrait y ajouter toutes les autres formes de pollution.

Aucun Etat ni l'OMS n'a demandé le ralentissement brutal de l'économie pour cela.

Quel est la différence avec le Covid19, qui fait qu'il y a réaction forte dans le cas de la pandémie et pas dans le cas de la pollution ?

Hypothèses :
- les morts du Covid sont plus rapides et violentes, donc plus visibles, donc font plus réagir
- elles font craquer les systèmes de santé et des pompes funèbres, ce qui là encore rend la mort plus visible
- un virus est une mort qui vient de l'extérieur au système, petit élément dissident qui entraîne une surréaction répressive.
La pollution vient du système lui-même, c'est notre responsabilité humaine : on peut l'arrêter à tout moment et avec elle l'économie, ce printemps en est la preuve. Cette possibilité, cette responsabilité, même quand elle n'est pas mise en oeuvre, est peut-être rassurante.

(Même après le Corona on polluera à nouveau et plus, pour relever les économies nationales - cf. à Berlin la multiplication des reportages pour inciter les gens à aller dans les magasins à nouveau ouverts ; cf. en France prévoir d'ouvrir les magasins mais pas les lieux culturels ; cf. les nouvelles destructions d'acquis sociaux à venir au nom du PIB).

Merci beaucoup pour l'article et tous les commentaires plus intéressants les uns que les autres. C'est bon j'ai rentabilisé mon réabonnement de la semaine passée, le reste n'est que du bonus ^^

Sur le fond quand même, après cet exercice de déconstruction, il faut embrayer.

# Juger 
Il est sans doute trop tôt pour chercher à juger - comparativement - à partir de ces données  :  à moins d'être un grand spécialiste qui combine une capacité à hiérarchiser les facteurs de transmission et de mortalité de l'épidémie, les particularités des pays, les comportements des épidémies dans ces payes, les observations de terrain qualitatives, des données statistiques et des discussion avec des paires de haute voltige.

En revanche, il y a déjà beaucoup de matériel pour juger de l'action gouvernementale. Pas besoin de chiffres pour reconnaître une accumulation de bobards. On manque encore de détails sur les circonstances de prises de décisions, mais là aussi on devine des gros manquement ici ou là.
La tableau général d'un échec de gestion se dessine, mais beaucoup plus intéressant sera le diagnostic. On compte sur ASI pour concentrer l'analyse sur cet effort de compréhension plutôt que de dénonciation ou condamnation. S'il y a lie, ça coulera de source et ça passera dans lourds silences des gorges nouées.  

# Prédire  
Il y a une question centrale qui se pose, en ce moment, étroitement liés à ces histoires de courbe :
=> Y a t il risque de rebond ou pas ? 
Raoult, encore lui, a à nouveau "posé ses c... sur la table" selon l'expression des ses collègues (à la machine à café de source sûre ;-). Selon celui qui "déteste prédire", le plus probable c'est non.
J"ai essayé de me renseigner je n'ai rien trouve sur cette question, pourtant fondamentale (hop appel du pied discret @ Loris ^^)

Cool ! Je suis un de ces passionnés de data et dès le début j'ai cherché des données en morts/millions... Insatisfait, j'ai fini par les faire moi-même... J'utilise la base du worldometer et je fais un petit bulletin quotidien si ça intéresse qqu'un :

Suivi CoVid19

J'y mets un classement des 20 "pires" pays, un graphe de l'évolution en morts/million, le taux d'accroissement quotidien et le taux d'évolution exponentielle...

Le fichier que j'utilise est également en accès libre (cf dernier tweet du thread)

Enfin un peu de clarté dans ce monde éthéré et abscond du covid-19… un grand merci !

Je me permets de prendre rendez vous en fin de pandémie pour faire un vrai point de situation final avec les interprétations sociétales idoines.

Reste à savoir pourquoi les pays slaves, Pologne et République Tchèque en tête, qui affichent une mortalité très faible ne sont pratiquement jamais cités, jamais mentionnés sur les graphiques.


Autre remarque: Il est extrêmement hasardeux d'établir un lien de cause à effet entre la mortalité et la politique sanitaire - qu'elle soit ancienne ou récente - d'un Etat, sans pour autant nier que ce lien existe nécessairement quelque part. Si l'on s'en tient aux chiffres de décès, la France serait très mauvaise pour sa partie Nord-Est et très bonne dans sa partie Sud-Ouest.

 

La Pologne ou, dans une moindre mesure, l'Allemagne, sont-elles bonnes parce qu'elles ont eues de bonnes politiques ou parce qu'elles ont eu de la chance ? Je n'arrive pas encore à avoir les idées claires sur ce point

Super review merci ! Dingue que les médias soient aussi novices en traitement de données...

Les graphiques utiles... et les autres....


Oui, celui de l'article de Mediapart qui cherche à tordre le cou des "pro-anti-confinement" est en effet très biaisé. Il compare simplement trois pays dont le seul point commun est qu'ils sont voisins : la Suède (10 millions d'habitants), le Danemark (5 M) et la Norvège (5 M).


À ce jeu-là, la France et son confinement brutal et infantilisant ne risque pas de gagner devant sa voisine allemande. Et ne parlons pas des Belges qui ont lourdement ostracisés leurs voisins hollandais qui n'auraient soi-disant pas pratiqué de confinement (dixit votre article du 4 avril).


Si l'on veut s'en tenir à la pertinence du ratio décès/100.000 habitants du Parisien, il n'y a pas à pinailler sur les dates d'apparition du virus dans les pays, les densités de population, les nombres de lit en réa, les litres de gel hydroalcoolique à dispose ni encore moins (et pourquoi ?) sur la longueur des frontières communes, dans cette infographie, la Belgique est 1re, la France 4e, les Pays-Bas et la Suède (conspués pour leur permissivité) respectivement 5e et 6e.


Bref, tout ce qui ressort de cette bouillie de graphes, de courbes, de chiffres, de records, de tops et de classements (tiens, ce serait rigolo d'étudier le vocabulaire compétivo-sportif employé dans les titres des articles traitant de l'épidémie), c'est qu'il y a deux sortes de pays face au Covid : ceux qui savent soigner, et ceux qui savent compter.


Pour ce qu'il en de ceux qui savent confiner - ou pas -, c'est encore trop tôt pour les départager.

Ce message a été supprimé suite à la suppression du compte de son auteur

Me suis pas mal cassé la tête à faire des graphes, surtout pour m'essayer à des projections de type SIR ou autres.
J’ai fini par laisser tomber, trop compliqué, trop d’inconnues, avec des sources trop peu fiables.

Finalement, les seuls chiffres à peu près crédibles, sont ceux des morts en hôpital, parce qu’on suppose que les décès surviennent à la suite de la longue phase de réanimation qui ne peut être prise en charge qu’en milieu hospitalier.


Ce serait effroyable d’imaginer des agonies sur plusieurs jours, de personnes oubliées chez elles, ou délaissées par les soignants en Ehpad (ça, je n’ose même pas !) sans avoir été secourues et donc sans avoir été identifiées…

Si donc les morts effectifs sont les seules véritables données permettant de se faire une idée concrète, on peut les trouver ci-dessous (Le Politologue - Morts / par million d’habitants)


En cliquant sur l’en-tête de la colonne des morts, on obtient un tri plaçant la France en 6ème position sur les 196 pays listés.
Les cinq pays faisant pire que nous sont, dans l’ordre : Saint Marin, la Belgique, Andorre, l’Espagne, et l’Italie.

C’est très loin d’être brillant…

 


Enfin une analyse plus proche du réel qui, je l'espère, n'avait pas échappé à une majorité d'entre-nous. Il reste par contre à appliquer une analyse similaire à nos régions pour avoir une vraie carte de l'étendue de cette pandémie et surtout faire la part des commentaires prenant souvent en référence la région parisienne et assez peu les autres territoires. Nous aimerions, par exemple, en rapport avec les moyens hospitaliers disponibles régions par régions, connaitre le taux d'infection, l'impact sur les services concernés, les possibilités offertes par les territoires moins en tension pour leur venir en aide et bien d'autres paramètres utiles à la maîtrise de la propagation. Réduire cette pandémie à quelques courbes anxiogènes n'apportent pas beaucoup de soutien moral au citoyen pour prendre en compte, individuellement, sa part de responsabilité par un comportement adapté. @SI, Mediapart et quelques autres, du bon travail d'investigation qui permet aux curieux de ne pas 'agir' idiot !

L'article aurait mérité de citer également l'intéressante synthèse publiée par Les Echos le 26 avril et intitulée « L'impossible bilan comparatif des morts du Covid-19 » dont on peut notamment isoler l'extrait suivant qui se penche sur le taux de mortalité en Allemagne :

« L'Allemagne affiche un taux de mortalité étonnamment faible, jusqu'à quatre fois inférieur à celui de la France pour un nombre de cas avérés équivalent. Selon le virologue et épidémiologiste Alexander Kekulé, directeur de l'Institute for Medical Microbioloby à l'Université Martin-Luther-de-Halle, ce faible impact apparent du virus viendrait tout simplement d'un défaut de statistiques. Seuls les Lander de Berlin et de Hesse enregistrent régulièrement les déclarations de décès, ce qui biaise considérablement la réalité.

Le site EuroMomo qui collecte régulièrement les données concernant le nombre de morts liés aux épidémies dans les pays européens n'affiche d'ailleurs aucune donnée pour l'Allemagne. Cela ferait des années que l'institut national de santé publique Robert Koch (RKI) alerte sur ce grave défaut sans avoir été entendu jusqu'ici. »




Enfin!

Comme j'ai dit plusieurs fois, c'est à la fin du match qu'on sait combien de buts ont été marqués. Et le plus sûr chiffre des morts du Covid est la différence entre une année/mois "normale" et une année/mois "Covid". 

Point.

Que la victime ait été spécifiquement atteinte par le virus ou qu'elle soit morte d'un AVC non pris en charge à temps, du fait de la surcharge hospitalière.


Puisque "A la guerre comme à la guerre", les victimes de guerre ne sont pas comptabilisées uniquement comme celle qui ont reçu un balle ou un éclat d'obus, il n'y aucune raison de ne comptabiliser que les victimes de la balle Covid pour cette guerre.

Passionnant. Merci.

Excellent article, je me posais justement toutes ces questions. Merci !

Il était en effet important de rappeler après Le Parisien et Donald Trump qu'on peut faire une courbe du nombre de mort par habitant.
Pour ce qui est de l'intérêt de l'échelle logarithmique, l'article ne fait que confirmer hélas que son utilisation nécessite une certaine compréhension des mathématiques. A tout le moins, on peut inviter l'auteur à constater que TOUTES les courbes de croissance, quelle qu'elles soient, du XXe siècle obéissent aux lois exponentielles : les courbes du réchauffement climatique n'en sont qu'une des conséquences.

L’ordonnée du dernier graphique ne débute pas à zéro... C’est bien pour les scientifiques, moins pour le grand public qui va plus visualiser que regarder en détail. C’est trompeur.

A priori, les courbes partant de 0 sont plus « parlantes » pour le novice.
On voit que ce n’est pas top en France, mais bien pire en Angleterre.

On ne peut voter qu'une seule fois pour un contenu. Frustrant.
Merci beaucoup pour cet article. Enfin j'entends parler de "morts par habitant" et de surmortalité.
Après l'excellent article Jogging : les médias se trompent sur "le rayon d'1 km", confirmation que l'information qui est diffusée en masse par les différents pouvoirs est trompeuse et très majoritairement de piètre qualité.


Merci pour cet article très intéressant.


Pour être sûr de bien lire l'avant dernier graphique, le pic au dessus du nombre de mort attendu n'étant pas intégralement rouge, que faut il en conclure ? Que les morts officiellement attribuées au COVID-19 sont sous estimées ? Ou bien que le pic "gris" s'explique par d'autres facteurs de mortalité en augmentation (suicide ? violence conjugale ? autre ?) ?


Article particulièrement intéressant et qui révèle une fois de plus l’intérêt de savoir ce que l’on compte et comment on compte (Attention aux chiffres) ! 

Merci, cela résume bien mon avis personnel sur le sujet: les chiffres bruts sont inutiles. 

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