Bouton du RIP : Castaner boude
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Bouton du RIP : Castaner boude

Alors, Christophe Castaner, il arrive, le bouton du référendum d'initiative partagée ? Quelle surprise ! Le ministre de l'Intérieur (et du Bouton) ne semble pas pressé de mettre en place la plateforme de recueil des 4 717 396 signatures nécessaires pour déclencher un référendum sur la privatisation d'Aéroports de Paris, qu'il est pourtant chargé de mettre en place. A la lecture du Monde, on apprend qu'il a refusé de recevoir les huit parlementaires (dont six présidents de groupes) qui lui avaient demandé rendez-vous, pour s'enquérir de l'avancement des travaux. Et il les a renvoyés, chagrin, sur... le Conseil constitutionnel. Traduction : adressez-vous donc au cénacle des séniles qui, dans un moment d'égarement et de laxisme, ont validé votre référendum irresponsable. Pour le moment, Cricri boude.

Avant même cette bouderie, le gouvernement a tout fait, dans la coulisse, pour faire obstruction au RIP. On lit dans le même article de Manon Rescan, du Monde, l'argument déployé - en vain : dans la loi, un RIP ne peut porter sur un sujet faisant l’objet d’une loi promulguée depuis moins d’un an - ceci dans l'objectif de ne pas déstabiliser une jeune loi, non encore appliquée. Or, le 10 avril, la loi PACTE, qui contient le projet de privatisation d'Aéroports de Paris... n'avait pas encore été promulguée par le chef de l'Etat, même si elle avait été adoptée par le Parlement. Les promoteurs du RIP, a répété le gouvernement, ont donc joué avec une faille du texte. Le même argument (quelle coïncidence !) avait d'ailleurs été brandi, dans un précédent numéro du Monde, par deux constitutionnalistes, Olivier Duhamel et Nicolas Molfessis.

C'est toute la sournoise beauté du droit, que d'habiles exégètes peuvent lui faire dire tout et son contraire. En l'occurrence, s'appuyant sur "l'esprit" du RIP plutôt que sur sa lettre, les "Sages" auraient parfaitement pu prendre la décision contraire. Sans en rendre compte à personne : le Conseil est souverain. "L'esprit" du RIP, en effet, est d'être un instrument qui ne puisse jamais servir. Disons les choses : sur une question hautement politique, les "Sages" (sept nommés par l'ancien monde, contre seulement deux membres "nouveau monde") se sont dévergondés, en prenant une décision hautement politique. L'âpreté du pouvoir confirme en tout cas une chose : même si elle s'est, pour l'heure, éloignée des projecteurs, c'est une bataille décisive pour la démocratie qui se joue ici.

BONUS. Parce que j'ai bien conscience que c'est un sujet apparemment aride, un petit bonus récréatif, pour montrer comment se met en place la campagne médiatique anti-RIP. Ici, un podcast unilatéral du quotidien patronal Les Echos. Et là, comptez donc le nombre de "paradoxalement" et de "etc" dans ce brillant plaidoyer du spécialiste de l'économie Emmanuel Lechypre pour la privatisation d'ADP : 



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Bouton du RIP : Castaner boude

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"A force de bouder on devient du boudin" Jacobus Vander Tseu.


Ce monsieur Lechypre, il est bizarre. Il parle de long terme sans voir très loin.


Les privatisations du rail italien et du Royaume Uni ont été catastrophiquement catastrophiques.


Sur le plan (...)

Je reviens sur cet article :

Castaner ne boude pas

Mais tel un enfant Castaner à la suite de Trump et ses acolytes refuse d'obéir aux lois et à la Constitution


Tout comme William Barr le procureur général nommé par Trump qui refuse d'obéir aux demandes (...)

De la répression policière à la censure du Conseil Constitutionnel : de la boucherie à la bouderie....

Derniers commentaires

Hors sujet, mais je n'y résiste pas: un des journalistes de France Inter a eu ce matin un génial lapsus. Il a parlé de "micronisme" avant de se reprendre et de changer le i en a.

Les uns se battent pour mettre en place un référendum qu'ils perdront. Les autres se battent pour empêcher un référendum qu'ils gagneront. Va comprendre :-)

haha, en même je comprends le p'tit chrichri, ça doit lui faire un peu mal au cul d'avance, de tendre le bâton pour se faire tabasser...il doit bien le sentir, qu'après les européennes, ce gouvernement va reprendre une 2eme volées avec le RIP...

Je reviens sur cet article :

Castaner ne boude pas

Mais tel un enfant Castaner à la suite de Trump et ses acolytes refuse d'obéir aux lois et à la Constitution


Tout comme William Barr le procureur général nommé par Trump qui refuse d'obéir aux demandes des sénateurs


Cette liberté de faire, ce déni de la démocratie est ce qui fait le fascisme


Comment lutter contre cela si l'on veut maintenir les règles de la démocratie : à vrai dire on se sent bien désarmé


Castaner aurait dû démissionner ou être limogé. Il est encore là

Je crains qu'il ne reste plus à l’État que de museler la parole après avoir dompté la presse. Ce muselage est en train de se faire par des lois visant à étouffer petit à petit la liberté d'expression


Ah Le Monde vient de découvrir l'oeuf de Colomb : après avoir visionné les vidéos montrant des violences policières contre les Gilets Jaunes, le Journal vient de se rendre compte que ces violences étaient violentes et inacceptables

À propos de la conclusion, j'informe les masses ici présentes que moi, quand je vois un truc signé d'Éric Brunet ou approuvé par lui, je vomis.
Et je n'ai aucun besoin de le lire, je sais d'avance que ce sera un ramassis d'immondes billevesées.

Le conseil constitutionnel a eu une lecture littérale et a tordu l'esprit de la loi entend-on dans le sujet des Echos. Oui c'est vrai, mais en même temps, si on laisse la loi être promulguée et appliquée pendant un an, vous imaginez le bazar pour revenir en arrière ? Donc chapeau, coup de maître ce tordage de bras.

Le Privé fait mieux que le Public !

ça mérite une étude plus poussée.

Les aéroports sont pourris ? La SNCF est plus nulle que les transports des autres pays ?

La distribution de l'eau ? les assurances complémentaires plus efficaces que la sécurité sociale ?


"Si t'achètes c'est qu't'y gagnes, si tu gagnes c'est qu'j'y perds !"

Proverbe


Non mais attendez ça ne va plus là : un coup le Monde est un torchon capitaliste aux ordre du pouvoir, un coup il fait des articles intéressants qui passent les vraies infos...


On est tout perdus sans manichéisme, nous.

"C'est toute la sournoise beauté du droit, que d'habiles exégètes peuvent lui faire dire tout et son contraire. En l’occurrence, s'appuyant sur "l'esprit" du RIP plutôt que sur sa lettre".

Pas tout à fait, car le recours à l'exégèse n'est pas autorisé, lorsque le texte est clair. Ici le texte était clair et la lecture littérale s'imposait.

Les vrais juristes, dont ne fait pas partie Olivier Duhamel, ne s'y sont pas trompés.

Pourtant, je trouve qu'il n'y a pas vraiment raison d'avoir peur ! 


Plus de 4 millions de signatures à trouver pour un truc technique de cet acabit alors que la pétition du "sauvetage de la planète" vendue à grand renfort de campagne médiatique n'a recueilli que 2 millions...

Merci pour la chronique. Je l'ai relue plusieurs fois, ainsi que l'article du Monde que vous commentez, mais j'avoue bien volontiers que je demeure largué sur les arguments juridiques de part et d'autres. J'en retiens quand même que bien que le Conseil Constitutionnel semble avoir tranché quelque chose, le gouvernement tente de s'y soustraire, et je ne pensais même pas que ce soit envisageable. Est-ce que cette guérilla juridique est de bonne guerre, ou est-ce quelque chose d'inédit, propre à ce gouvernement, de vouloir tordre le bras à ce point d'une autorité qu'il doit respecter. Ce serait utile de l'expliciter, pour qu'on saisisse bien les enjeux.


Dans l'article du Monde, un point me semble révélateur. Voici un des arguments du gouvernement : « le constat ultérieur de la promulgation d’une loi ayant un objet directement contraire [au projet du RIP]prive l’initiative de son objet » . Il semble que le gouvernement pense que le RIP va obligatoirement s'opposer à la privatisation. C'est un formidable aveu, parce qu'après tout, le référendum pourrait très bien aller dans son sens. Tout cela me semble témoigner d'une extrême fébrilité. Mais j'ai peut-être (voire : vraisemblablement) pas tout bien compris. 

"A force de bouder on devient du boudin" Jacobus Vander Tseu.


Ce monsieur Lechypre, il est bizarre. Il parle de long terme sans voir très loin.


Les privatisations du rail italien et du Royaume Uni ont été catastrophiquement catastrophiques.


Sur le plan humain -travailleurs et voyageurs- comme sur le plan des infrastructures.


Sans prendre monsieur Lechypre pour tête de turc -bôahf- faudrait lui fournir des jumelles avec la courroie bien sûr.


qu'il laisse trainer , la privatisation sera décalée d'autant et au final le loi pourrait ne pas être promulguée durant cette mandature. 



Le ministre ne taquine le bouton que dans les boites de nuit ....

"La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave" : discours de DE GAULLE en 1942, en un temps où il n'était pas au pouvoir.

De la répression policière à la censure du Conseil Constitutionnel : de la boucherie à la bouderie....

For Castaner :

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